.NET 8 était le choix prudent. Il s'arrête le même jour que .NET 9.

Il reste 53 jours. Le 10 novembre, trois choses s'arrêtent en même temps : une version à support long, une version à support court, et une version de Windows. Le premier point est contre-intuitif. Le troisième est celui qui fera dérailler les plannings.

Chaussée portant deux flèches blanches qui convergent

Le choix qui n'en était pas un

Fin 2023, les équipes qui devaient choisir une version de .NET ont fait ce que la documentation recommandait. Certaines ont pris .NET 8, étiquetée Long Term Support — la version prudente, celle qu'on choisit quand on veut pouvoir oublier le sujet pendant un moment. D'autres ont pris .NET 9 à sa sortie un an plus tard, étiquetée Standard Term Support — la version rapide, pour profiter des nouveautés en acceptant de remigrer plus tôt.

Deux stratégies opposées, deux arbitrages assumés.

Les deux versions s'arrêtent le 10 novembre 2026. Le même jour.

L'équipe qui a choisi la stabilité et celle qui a choisi la nouveauté se retrouvent exactement au même point, avec le même travail à faire, dans la même fenêtre. Le choix « prudent » n'a rien acheté du tout.

Comment on en arrive là

.NET 8 est sortie en novembre 2023 avec 36 mois de support — trois ans, pas cinq. C'est la durée réelle d'une LTS chez .NET, et c'est déjà moins que ce que beaucoup imaginent en lisant les trois lettres.

.NET 9 est sortie en novembre 2024 avec, au départ, 18 mois de support : fin annoncée en mai 2026. Puis Microsoft a modifié sa politique en septembre 2025 et porté les versions STS à 24 mois — plus précisément « 24 mois, soit 12 mois après la sortie de la version suivante ».

Résultat arithmétique : la fin de .NET 9 a glissé de mai à novembre 2026, et s'est posée exactement sur celle de .NET 8. Microsoft l'écrit noir sur blanc dans son annonce : ce changement « fait que .NET 8 et .NET 9 arriveront en fin de support le même jour ». Ce n'est donc ni un hasard ni une erreur — c'est la conséquence assumée d'une décision qui, par ailleurs, allonge le support de la STS.

Il y a quelque chose d'ironique dans cette histoire : la modification qui a effacé l'avantage de la LTS est une bonne nouvelle pour ceux qui avaient pris la STS. Six mois de répit gagnés. C'est l'autre camp qui découvre, sans que rien n'ait bougé de son côté, que son pari n'a pas payé.

« LTS » ne veut pas dire la même chose d'un éditeur à l'autre

Le sigle est utilisé partout, et il ne recouvre nulle part la même durée. C'est probablement la source d'erreur la plus banale et la plus coûteuse dans les arbitrages de plateforme.

Quelques ordres de grandeur, pour fixer les idées

  • .NET, LTS : 36 mois. Trois ans, et la version suivante sort chaque année.
  • Ubuntu LTS : 5 ans de support standard, extensible à 10 puis 12 ans avec un abonnement — un rapport de 1 à 4 avec le précédent.
  • Windows 10 Enterprise LTSC 2021 : 5 ans, alors que la LTSC 2019 qui la précède en a 10. Deux éditions du même produit, deux durées.
  • PostgreSQL : 5 ans par version majeure, sans étiquette LTS du tout — la politique est la même pour toutes.
La règle pratique : « LTS » n'est pas une durée, c'est une promesse relative — plus long que l'autre version du même éditeur. Comparer un LTS .NET à un LTS Ubuntu n'a aucun sens, et pourtant c'est ce que fait implicitement quiconque écrit « on prend la LTS » dans un document d'architecture sans vérifier la date.

La bonne question n'est donc jamais « est-ce une LTS ? » mais « quelle est la date ? ». Elle prend trente secondes à vérifier sur la page de cycle de vie de l'éditeur, et elle est la seule information qui tienne dans un plan à trois ans.

Windows 11 23H2 s'arrête aussi ce jour-là

La date du 10 novembre 2026 porte une troisième échéance, et elle vient d'un tout autre monde : Windows 11 version 23H2, éditions Enterprise et Education, sort de support le même jour.

C'est une coïncidence de calendrier, pas une décision coordonnée. Mais pour une organisation qui exécute des applications .NET sur des postes Windows, la coïncidence a des conséquences très concrètes : deux échéances dans la même fenêtre, traitées par deux équipes différentes, qui ne se parlent pas toujours.

Et c'est là que le piège se referme, parce que les deux chantiers n'ont rien à voir.

Même date, deux natures de travail

Migrer .NET 8 ou 9 vers .NET 10 est un chantier applicatif. Il faut recompiler, mettre à jour les dépendances, vérifier les bibliothèques tierces qui n'ont pas suivi, rejouer les tests, arbitrer ce qui casse. C'est du développement, ça se chiffre en semaines, et ça dépend de gens dont ce n'est pas la seule tâche.

Passer Windows 11 de 23H2 à une version plus récente est une mise à jour de fonctionnalité. Le poste reste le poste, les applications restent installées, le parc se met à jour par les canaux habituels. C'est de l'exploitation, ça se planifie en vagues, et ça ne demande aucune décision d'architecture.

L'erreur de planification classique consiste à voir « deux fins de support en novembre » et à les mettre dans la même ligne de budget avec la même marge. L'un des deux prendra trois fois plus de temps que prévu, l'autre sera fait un mardi soir. Ce ne sont pas les mêmes risques, et il ne faut pas les provisionner pareil.

Une bonne nouvelle, au passage

Windows 11 suit la Modern Lifecycle Policy, qui fonctionne par version plutôt que par produit. Ce n'est pas une fin de vie comme celle de Windows 10 : c'est une fin de version, et la sortie est une mise à jour, pas un remplacement de parc.

Pour situer, les échéances suivantes de la même famille, relevées sur la page de cycle de vie : 24H2 jusqu'au 13 octobre 2027, 25H2 jusqu'au 11 octobre 2028, 26H1 jusqu'au 14 mars 2029. Le rythme est annuel, connu d'avance, et ne réserve pas de surprise — à condition d'avoir quelqu'un qui le suit.

Le quatrième trimestre 2026 est chargé, et ce n'est pas une coïncidence

Le 10 novembre n'est pas une date isolée. En relevant les échéances suivies sur ce site, on obtient la séquence suivante sur quatre-vingts jours :

D'octobre à décembre 2026

  • 13 octobre — Office 2021 et Windows 10 LTSB 2016, sans ESU pour le premier.
  • 31 octobre — PHP 8.2, Python 3.10 et Redis 8.0.
  • 10 novembre — .NET 8, .NET 9, Windows 11 23H2 Enterprise.
  • 12 novembre — PostgreSQL 14.
  • 31 décembre — la seconde vague du lot PHP / Python / Redis.
Huit produits en moins de trois mois, chez six éditeurs indépendants qui ne se sont pas concertés. Une application web typique — un serveur, un langage, une base, un poste client — peut être concernée par trois de ces lignes en même temps.

La concentration n'est pas un hasard, et elle n'est pas non plus un complot. Elle vient d'une convention partagée : la plupart des projets calent leur version majeure sur l'automne, et comptent ensuite en années entières. PostgreSQL sort en septembre et meurt un jeudi de novembre cinq ans plus tard. .NET sort en novembre et meurt en novembre. Python sort en octobre. Les cycles annuels finissent mécaniquement par se superposer.

Le corollaire pratique est simple : si votre organisation traite les fins de support au fil de l'eau, elle traitera l'essentiel de son année entre septembre et décembre. C'est aussi la période des clôtures comptables, des gels de production et des congés. Un calendrier d'échéances qui ne tient pas compte de ça est un calendrier qui se plante tous les ans au même endroit.

« Ça continue de tourner, non ? »

Oui. Et il faut le dire, parce que le discours ambiant sur les fins de support tend vers la panique, ce qui finit par le rendre inaudible.

Une application .NET 8 qui fonctionne le 10 novembre fonctionnera encore le 11, le 12, et l'année suivante. Rien ne s'éteint, rien ne se bloque, aucune licence n'expire. Ce qui s'arrête, c'est la publication de correctifs de sécurité pour la plateforme.

La vraie question n'est donc pas « est-ce que ça marche encore » mais « qu'est-ce qui atteint cette application ». Et la réponse varie énormément :

Ce raisonnement-là n'apparaît jamais dans les communications d'éditeurs, pour une raison évidente : il conduit parfois à conclure qu'on peut attendre. Il a pourtant l'avantage de produire une décision défendable, et surtout écrite. Une échéance dépassée en connaissance de cause n'est pas la même chose qu'une échéance dépassée parce que personne ne la regardait.

La différence se voit le jour de l'incident, et elle se voit aussi au moment du renouvellement d'une police d'assurance cyber.

Toutes ces dates tombent un deuxième mardi

Le 10 novembre 2026 est un mardi. Plus précisément, le deuxième mardi du mois — le Patch Tuesday, jour où Microsoft publie ses mises à jour de sécurité mensuelles.

Ce n'est pas une curiosité. C'est la règle : une fin de support Microsoft tombe le jour du dernier lot de correctifs. Le 13 octobre 2026, date de fin d'Office 2021 et de Windows 10 LTSB 2016, est aussi un deuxième mardi. Le 12 janvier 2027 pour Windows Server 2016 également.

Ce que ça change en pratique

Le dernier correctif de sécurité arrive le jour même de la fin de support, pas la veille ni le mois précédent. Le système est donc à jour le matin du 10 novembre, et définitivement figé le 11.

Conséquence sur le planning : il n'y a aucune raison de viser une bascule « avant la fin du support » avec trois semaines de marge pour le dernier correctif. La marge utile est celle du chantier, pas celle des correctifs. Et inversement, une organisation qui se dit « on migrera pendant les vacances de Noël » aura passé sept semaines sans correctif.

En 53 jours, ce qui est jouable et ce qui ne l'est pas

Posons les ordres de grandeur sans dramatiser, parce que le délai n'est pas catastrophique — il est simplement plus court que ce qu'on croit quand on le découvre.

Dans l'ordre d'urgence réelle

1. Savoir sur quoi vous êtes. C'est l'étape qu'on saute et c'est celle qui décide. Pour .NET : dotnet --list-runtimes sur les serveurs, et une lecture des fichiers projet pour le framework cible. Pour Windows : n'importe quel inventaire de parc donne la version en une requête.

2. Windows 11 23H2 d'abord, parce que c'est rapide et que ça sort une ligne du tableau. Une vague de mise à jour de fonctionnalité, planifiée normalement, et le sujet est clos.

3. .NET : trier avant de migrer. Les applications maison qui compilent et dont les tests passent sur .NET 10 se traitent en quelques jours. Celles qui dépendent d'une bibliothèque tierce non maintenue sont le vrai sujet, et c'est celui qu'il faut identifier cette semaine — pas en octobre.

Et si le délai ne tient pas : une application .NET qui dépasse le 10 novembre continue de fonctionner. Elle ne reçoit simplement plus de correctif de sécurité, et le risque dépend entièrement de son exposition. Une application interne derrière un pare-feu et un service exposé sur Internet ne sont pas dans la même situation — c'est cet arbitrage-là qu'il faut poser par écrit, pas l'ignorer.

Un mot sur .NET 10, pour finir. C'est une version LTS, supportée jusqu'en novembre 2028. Soit, de nouveau, trois ans. Si le sujet de cet article vous a surpris une fois, autant noter la date tout de suite : le prochain rendez-vous est déjà fixé.

Sources, vérifiées le 18 septembre 2026 : blog .NET de Microsoft, « .NET 8 and .NET 9 will reach End of Support on November 10, 2026 », 29 juin 2026 — la date commune et le support de .NET 10 jusqu'en novembre 2028. Blog .NET, « .NET STS releases supported for 24 months », 16 septembre 2025 — le passage de 18 à 24 mois à partir de .NET 9, la formule « 24 months, 12 months from when the successor release ships », et le glissement de la fin de .NET 9 du 12 mai au 10 novembre 2026. Microsoft Learn, cycle de vie de Windows 11 Enterprise et Education — version 23H2 jusqu'au 11/11/2026 06:59:59 heure du Pacifique, soit la fin de journée du 10 novembre, ainsi que les dates de 24H2, 25H2 et 26H1. Les durées de support citées pour Ubuntu, Windows 10 LTSC et PostgreSQL proviennent des relevés faits pour le radar des échéances de ce site. Le fait que ces dates tombent un deuxième mardi est une vérification calendaire de ma part, pas une citation. Les compteurs de jours de cet article se recalculent à l'affichage : ils ne se périment pas.

Vous ne savez pas sur quelle version de .NET vous tournez ?

C'est la réponse la plus fréquente, et c'est aussi la seule qui rende la suite impossible à planifier. L'inventaire prend une demi-journée.

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